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J.K. Rowling aimerait voir un(e) démocrate à la Maison Blanche

Sur l’écriture de la saga

C’est curieux. Parfois, dans Harry Potter, et dans les derniers tomes de la saga par-dessus tout, on retrouve un certain degré de mélancolie et de solitude. Cela fait penser à Fitzgerald.

J.K. Rowling : Sans aucun doute. Il s’agit en fait de la mélancolie qui découle de la douleur. Et Scott Fitzgerald a connu deux grandes peines : celle de son talent et de son besoin de créer, et la peine que lui a causée sa vie privée, qui était calamiteuse. Je pense que ces deux problèmes suffisent à conduire un individu à sombrer dans l’alcoolisme.

Il buvait pour se retrouver, pour être seul ?

J.K. Rowling : Oui, mais le choix de sa partenaire en dit beaucoup. Les personnes qui nous attirent sont révélatrices de ce que nous sommes. Il ne pouvait pas avoir une vie paisible avec sa femme Zelda. Il a choisi d’être avec quelqu’un qui l’empêchait d’écrire, parfois. Il n’avait pas cette paix nécessaire à la création.

Vous parlez de la mort. Dans les tomes 6 et 7, la mort devient, bien au-delà d’un mot ou d’une pensée, une possibilité, une évidence et une réalité.

J.K. Rowling : Donner à la mort une place prépondérante à partir de ce point dans mon œuvre a toujours été mon intention. Depuis qu’il est né jusqu’au 34ème chapitre du 7ème livre, Harry a été contraint de se comporter en tant qu’adulte puisqu’il est obligé de prendre en ligne de compte le caractère inéluctable de sa propre mort. Ce que vous dites est juste. Le fait que j’ai écrit plusieurs livres avait pour but de le confronter à la mort, à l’expérience de la mort. Et Harry s’est toujours retrouvé seul dans cette situation jusqu’à la lutte finale. Et de ce fait, Ron et Hermione se trouvaient toujours être protégés, bien qu’ils aient eu à combattre à ses côtés dans le 5ème tome. J’avais complètement planifié toutes ces choses, parce que le héros doit vivre ces événements, accomplir certains actes et les expérimenter de par lui-même. Être un héros c’est devoir faire face à cette isolation et à cette mélancolie.

Le chapitre 34 (‘Allongé à plat ventre, le visage contre le tapis poussiéreux du bureau où il avait autrefois cru apprendre les secrets de la victoire, Harry avait finalement compris qu’il n’était pas censé survivre.’) sonne un peu comme “Cent Ans de Solitude” de Gabriel Garcia Marquez.

J.K. Rowling : Je suis flattée.

Et le Professeur Dumbledore dit, dans le 7ème tome, après le chapitre dans lequel Harry a dû faire face à la mort : ‘N’aie pas pitié des morts, Harry. Aie plutôt pitié des vivants et surtout de ceux qui vivent sans amour.’ Quelqu’un qui prononce de telles paroles a forcément connu de telles situations dans sa vie : la vie, la mort et le manque d’amour.

J.K. Rowling : Oui, cela tourne autour de l’idée selon laquelle si vous traitez une personne de manière brutale, cet individu deviendra quelqu’un de brutal. Ce n’est pas quelque chose qu’on vous apprend. On continue de maltraiter des gens, en espérant qu’ils apprendront. Mais la seule chose qu’ils apprennent c’est la brutalité, et le cycle se répète encore et encore. Comment pouvons-nous mettre un terme à ce cercle vicieux ? Si je vous donnais la réponse, je serais plus une politicienne qu’un écrivain. Mais ce processus doit connaître une fin. Parce que tous ce que nous réussissons à faire c’est de transformer les gens en assassins.

Écrivez-vous toujours à la main ?

J.K. Rowling : Oui. Le stylo est ma baguette magique et mes doigts sont atrophiés suite à l’usage intensif que j’en ai fait.

Lorsque vous avez écrit le premier livre, pensiez-vous à un public précis ?

J.K. Rowling : C’est là tout le problème. J’étais attirée vers l’histoire pour enfants puisque le personnage principal était un enfant. Et au final, il est devenu un homme, un jeune homme certes, mais un homme tout de même. C’est ce qui est peu courant dans les livres pour enfants : le protagoniste grandit. Cela me réjouit énormément que les gens continuent de lire et d’aimer les livres. Ils ont grandi avec Harry Potter. Ce qui serait intéressant, c’est que de jeunes lecteurs veuillent continuer de lire les livres. Ce serait vraiment fantastique, et cela m’enchanterait. Mais je n’avais jamais considéré les adultes comme lecteurs potentiels. J’ai simplement écrit ce que je voulais écrire et je pensais qu’une fois fini, l’éditeur en jugerait par lui-même.

Meter Mayer, l’éditeur qui a été le premier que j’ai entendu parler de Harry Potter en Espagne, dit que ce qui est incroyable dans la série c’est qu’elle se soit transformée en lecture pour adulte, que c’est là tout la clé de son succès.

J.K. Rowling : Oui, c’est incroyable. Aujourd’hui seulement je suis capable de regarder derrière moi et de me rendre compte de tout cela. Pendant dix ans, je ne me suis pas permis de penser à cela. Je crois que je le faisais afin de me protéger. C’est très difficile de vivre avec les médias, mais je vivais en niant les faits, continuellement. Après chacune des publications, je faisais tout pour ne pas avoir à lire aucune critique.

En vérité vous pouvez le faire ?

J.K. Rowling : Oui, il est préférable de ne pas être suspendu aux critiques ni à ce qui est dit de vous. J’ai écrit ce que je voulais. Quand j’ai terminé d’écrire le septième volume, j’ai pensé que c’était le meilleur que j’avais écrit. C’était le livre que je voulais écrire. J’étais plus satisfaite de ce livre que des autres. Si j’avais lu certaines critiques, à quoi cela m’aurait-il avancée ? J’avais déjà écrit. Il n’y avait rien qu’elles puissent faire. Mais maintenant je peux me permettre de regarder derrière moi, et arrive alors ce que vous avez décrit : à savoir que les adultes ont commencé à lire le livre à leurs enfants puis qu’ils ont ensuite continué à le lire pour eux. Il n’y a rien de plus incroyable que d’entendre les gens dire que des familles entières lisaient ensemble les livres. Je l’ai souvent entendu dire. Ils lisaient un chapitre en famille et se réunissaient à nouveau pour lire le suivant. Une vérité qui s’avère incroyable non ? Beaucoup de familles m’ont contée avoir fait ceci. C’est énormément valorisant et ce à plusieurs niveaux. Du point de vue littéraire, parce que mes livres se sont transformés en un moyen d’unir tous les membres d’une famille. Les livres se sont transformés en un acte social.

C’est ce que vous avez fait avec Jessica ? Allez-vous faire la lecture à vos autres enfants également ?

J.K. Rowling : Jessica a quatorze ans et c’est une fervente admiratrice de Harry.

Que vous a-t-elle dit après avoir lu les livres ?

J.K. Rowling : Elle m’a demandé pourquoi j’avais fait tel choix et pas un autre, et je lui ai répondu que c’était comme ça que ça devait être. Des fois, on peut donner une réponse automatique, comme des mécanismes littéraires qui aident le déroulement de l’intrigue. Dans les autres cas, c’est plus difficile d’expliquer le processus d’écriture. Je l’ai écrit parce que ça m’est venu comme ça. Il m’arrive d’écrire comme sous la dictée de quelque chose ou quelqu’un d’autre.

Pourriez-vous décrire ce “quelque chose” ?

J.K. Rowling : Il y a plusieurs réponses à cette question. Je pourrais dire : “C’était moi, c’était mon inconscient.” Oui, c’était mon inconscient, et ce que j’ai écrit vient de tout ce que j’ai fait et de tous ceux que j’ai connus, parce que tout reste dans un coin de ma tête. Je pourrais aussi dire que c’est une muse. J’aime bien penser que j’ai une muse, parce que cela signifie que l’écrivain n’a pas conscience de la source de son inspiration, ou pas totalement du moins, et je sais que c’est un cliché dans l’univers Harry Potter, mais elles sont magiques.

Ça veut dire que vous avez vécu la même expérience que Juan Rulfo quand il dit qu’il a écrit “Pedro Páramo” parce qu’il ne le retrouvait plus dans sa bibliothèque.

J.K. Rowling : J’adore cette histoire et c’est vrai, c’est exactement mon cas. La différence est que je n’ai pas écrit ce que je voulais, mais ce dont j’avais besoin à ce moment-là.

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Sur sa vie personnelle

La littérature sauve des gens, ou aide à les sauver. Et vous, de quelle manière êtes-vous affectée par l’écriture ?

J.K. Rowling : Laissez-moi vous dire une chose. Le simple fait d’écrire le premier livre m’a sauvé la vie. On me dit toujours que le monde que j’ai créé est irréel ; c’est cela qui m’a permis de m’évader. C’est vrai qu’il est irréel dans une certaine mesure, et ce n’est pas parce qu’il est magique mais parce qu’il permet cette évasion. De plus, je ne l’ai pas écrit seulement pour ça, mais aussi parce que je cherchais à comprendre certaines questions qui me concernaient, telles que l’amour, la perte, la séparation, la mort… et tout cela se reflète dans le premier livre.

A un niveau prosaïque, écrire ce livre m’a apporté de la discipline, la force de concentration et l’ambition, qui à l’époque était réduite au simple désir de voir le livre publié.

Racontez-nous le jour de sa publication.

J.K. Rowling : J’ai vu mon rêve devenir réalité. C’était un moment extraordinaire. Je n’arrivais pas à le croire, j’étais transportée. Et je me suis sentie comme propulsée par un train à une vitesse folle, comme dans un dessin animé. Je pensais : “Que m’est-il arrivé ?” Trois mois plus tard j’ai reçu une avance sur les recettes, d’un montant incroyable par rapport à ce que j’avais l’habitude de voir. A cette époque, je louais un appartement et je n’avais pas d’économies donc pas de sécurité. Je portais des vêtements de seconde-main. L’argent m’était rare et en recevoir tant tout d’un coup était extraordinaire. Je n’ai pas pu dormir cette nuit-là. Le lendemain, les journalistes sont arrivés pour me donner un prix important, le Sun m’a appelé pour acheter les droits sur ma future biographie et les journalistes ont commencé à patrouiller devant ma maison. Et je peux vous dire que ça m’a vraiment effrayée.

Est-ce pour cela que vous craignez encore les journalistes aujourd’hui ?

J.K. Rowling : Non, je n’ai pas peur d’eux. Je me souviens de deux journalistes qui avaient remarqué mon incrédulité et ma vulnérabilité, et qui m’avaient aidée. L’un d’eux m’a dit que j’avais le droit de garder ma fille à l’abri de la presse, parce que je ne voulais pas l’emmener avec moi pour les interviews et qu’elle apparaisse sur les photos. Je parle de la presse de ce pays en particulier, du Royaume-Uni. C’est comme ça que ça fonctionne ici.

Vos livres semblent regorger de détails personnels.

J.K. Rowling : J’ai tendance à utiliser des dates significatives. Quand j’ai besoin d’une date ou d’un chiffre, j’utilise quelque chose qui vient de ma vie privée. Je ne sais pas pourquoi je fais ça, c’est comme un tic. La date d’anniversaire de Harry est la même que la mienne, par exemple.

Vous avez adoré écrire le premier livre. Mais qu’en est-il de la pression du succès, de savoir que des millions de personnes attendent la suite ?

J.K. Rowling : J’ai décidé de ne pas y penser et je m’y suis tenue. Bien sûr, il y a des moments où des informations m’arrivaient tout de même, surtout pendant l’écriture des tomes quatre et cinq. Là j’ai remarqué la pression, et je pense que ça ressort dans l’écriture.

Quand j’en suis arrivée au quatrième, j’étais sur le point de disjoncter. J’avais produit un livre par an pendant quatre ans, tout en élevant mon enfant seule, sans nounou ni quelqu’autre aide que ce soit. J’étais épuisée. Et en réalité, j’ai pensé : “Je ne peux plus continuer, il faut que j’arrête.” J’ai dit à mon éditeur que si je continuais comme ça, je ne serais plus capable d’écrire. Et c’est là que j’ai rencontré l’homme qui est aujourd’hui mon deuxième mari.

Vous êtes Harry Potter. Et vous le dites vous-même : “Harry m’appartient.” Avez-vous toujours su comment vous alliez terminer ceci ? Avez-vous toujours prévu d’écrire sept livres ?

J.K. Rowling : J’ai toujours su ce qui allait arriver. Dès le début j’avais dessiné l’intrigue, sans les détails mais j’avais prévu la fin. Et c’est maintenant fini, et même si beaucoup de fans sont indignés, il n’y a aucun moyen de relancer l’histoire de Harry. Son histoire est finie. Mais ça a été très dur. Dévastateur.

Harry est-il votre héros ?

J.K. Rowling : Oui. Enfin, dans la vie réelle, mon héros est Robert F. Kennedy. J’ai créé un garçon qui essaie d’agir selon certaines valeurs morales, qui reste attiré par le bon côté des choses même quand il est attaqué, blessé sur le plan moral et physique. Il est sincère et loyal, et je trouve ces qualités héroïques. Il est également capable d’endosser des responsabilités que personne d’autre ne voudrait accepter. Il est prêt à dire : “On m’a donné cette responsabilité, donc je l’accepte.”

Si vous possédiez une baguette magique, que feriez-vous ?

J.K. Rowling : Je veux qu’il y ait un démocrate à la Maison Blanche. Je pense qu’il est malheureux que Clinton et Obama aient à être rivaux, parce que tous deux sont extraordinaires. Peu importe lequel des deux gagne, je serai contente.

Qu’est-ce qui vous rend heureuse ?

J.K. Rowling : Ma famille et mon travail, évidemment. Je me considère comme quelqu’un qui a de la chance d’avoir une famille. Quand j’ai eu ma fille, je me sentais déjà chanceuse. Bien que j’aie divorcé, j’ai pensé : au moins, j’ai ma fille. Beaucoup de femmes n’ont pas la possibilité d’avoir des enfants. Et je suis assez chanceuse pour avoir trouvé un autre homme exceptionnel et avoir deux enfants de plus. Mes enfants sont, par-dessus tout, le plus important pour moi. Cependant, il est difficile de comparer les vocations d’écrivain et de mère.

Les gens connaissent vos chiffres d’affaire, votre fortune, mais pas forcément votre côté humain ; c’est comme s’ils vous voyaient avec une baguette magique comme Harry Potter.

J.K. Rowling : Malheureusement, c’est comme ça. Quand je vois mon nom dans les listes des personnes les plus influentes, ce qui n’arrive pas souvent, je pense à cela. Le pouvoir ne m’intéresse pas et en plus, je n’en ai pas. Mais oui, je suis riche.

Imaginez un instant que vous puissiez vous rendre invisible…

J.K. Rowling : Invisible ? Ça serait le mieux qui puisse m’arriver.

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Sur le dernier tome

La fin est touchante : “Il y avait dix-neuf ans que la cicatrice de Harry avait cessé de lui faire mal.”

J.K. Rowling : C’est symbolique. Nous répétons tous ce mensonge indéfiniment ; que le temps peut tout guérir. Mais ce n’est pas vrai. Il y a des choses qui ne guérissent pas, comme la mort de quelqu’un que vous aimez.

Vous avez aussi écrit : “Harry Potter, le garçon qui a survécu.” Le professeur dit cela, et vous dites qu’il a survécu parce qu’il avait foi en ses convictions, ce grâce à quoi il a vaincu Voldemort. Etes-vous comme ça ?

J.K. Rowling : J’aimerais dire oui parce que je crois en un héros aux attributs héroïques. J’ai lu sur un site : “Un héros n’est pas plus courageux que qui que ce soit d’autre. Il est juste courageux cinq minutes de plus que les autres…” Harry est comme ça.

Dans tous les tomes, il y a une morale qui dit qu’on peut se sauver si on a des amis, mais l’histoire de Harry conte aussi la solitude.

J.K. Rowling : Je suis tout à fait d’accord. J’ai donné à Harry mon défaut, qui est une tendance à me renfermer, à m’isoler quand je suis sous pression, triste ou heureuse. Mais je sais que ce n’est pas bien, que ce n’est pas sain. Et j’ai transmis ceci à Harry. Même si c’est en partie cela qui le rend héroïque, ça l’incite à agir seul.

Votre éditeur espagnol désire en savoir plus concernant l’avenir de la famille moldue de Harry.

J.K. Rowling : Bien ! Je devrais écrire un huitième tome ! Plus sérieusement, je ne pensais pas qu’il était nécessaire d’écrire à propos de cette partie de la famille de Harry. Je pensais que le lecteur saurait qu’ils avaient été protégés et qu’ils étaient sortis de leur cachette. Quand les fans me posaient des questions à leur sujet, je leur disais que grâce à cette dernière confrontation entre Harry et Dudley, ils avaient pu former une relation d’amitié, s’envoyant des cartes de Noël et se rendant visite de temps en temps. Cela serait une situation délicate, mais ils essaieraient. Parce que ce qui est important c’est de rester en contact. Ils ne pourraient jamais être de bons amis, mais ils essaieraient de garder un certain lien d’amitié tout de même… Dudley sait que Harry lui a sauvé la vie. Enfin, il pense qu’il a sauvé sa vie, mais en réalité, il a sauvé son âme.

Il y a ce dialogue entre Harry et le professeur Dumbledore : “Est-ce que c’est réel ? Ou est-ce que tout cela se passe dans ma tête ?”

J.K. Rowling : Et Dumbledore répond : “Bien sûr que ça se passe dans ta tête, mais pourquoi cela voudrait-il dire que ce n’est pas réel ?” Ce dialogue est une clé majeure ; j’ai attendu dix-sept ans d’écrire ces lignes. Si, c’est vrai. Tout ce temps j’ai travaillé dans l’objectif d’écrire ces deux phrases ; de faire entrer Harry dans la forêt, et de lui faire avoir ce dialogue.

Portolien

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