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J.K. Rowling aimerait voir un(e) démocrate à la Maison Blanche

Écrit par Alex, K’m, Lumen, Matth, le 09-02-2008 à 22h13


Une nouvelle interview de notre auteur préféré vient d’être mise en ligne sur le web par le site espagnol Blog Hogwarts.

Le billet, bien qu’imposant, est plus qu’intéressant. Nous ne l’avons pas encore traduit dans son intégralité mais cela ne saurait tarder. Un grand merci au passage à nos confrères du site The Snitch qui en ont transcrit une partie en anglais, l’interview intégrale étant en espagnol.

J.K. Rowling s’exprime dans cet entretien sur le caractère psychologique de son œuvre. Certains parallèles y sont faits avec les écrits de Scott Fitzgerald ou encore Gabriel Garcia Marquez - d’ailleurs, Jo en est très flattée. Mais ce n’est pas tout ! Elle s’exprime également sur sa position vis-à-vis des critiques ou sur la politique et bien plus encore…

Merci à Matth pour sa traduction de certains passages à partir de l’espagnol !


Sur l’écriture de la saga

C’est curieux. Parfois, dans Harry Potter, et dans les derniers tomes de la saga par-dessus tout, on retrouve un certain degré de mélancolie et de solitude. Cela fait penser à Fitzgerald.

J.K. Rowling : Sans aucun doute. Il s’agit en fait de la mélancolie qui découle de la douleur. Et Scott Fitzgerald a connu deux grandes peines : celle de son talent et de son besoin de créer, et la peine que lui a causée sa vie privée, qui était calamiteuse. Je pense que ces deux problèmes suffisent à conduire un individu à sombrer dans l’alcoolisme.

Il buvait pour se retrouver, pour être seul ?

J.K. Rowling : Oui, mais le choix de sa partenaire en dit beaucoup. Les personnes qui nous attirent sont révélatrices de ce que nous sommes. Il ne pouvait pas avoir une vie paisible avec sa femme Zelda. Il a choisi d’être avec quelqu’un qui l’empêchait d’écrire, parfois. Il n’avait pas cette paix nécessaire à la création.

Vous parlez de la mort. Dans les tomes 6 et 7, la mort devient, bien au-delà d’un mot ou d’une pensée, une possibilité, une évidence et une réalité.

J.K. Rowling : Donner à la mort une place prépondérante à partir de ce point dans mon œuvre a toujours été mon intention. Depuis qu’il est né jusqu’au 34e chapitre du 7e livre, Harry a été contraint de se comporter en tant qu’adulte puisqu’il est obligé de prendre en ligne de compte le caractère inéluctable de sa propre mort. Ce que vous dites est juste. Le fait que j’ai écrit plusieurs livres avait pour but de le confronter à la mort, à l’expérience de la mort. Et Harry s’est toujours retrouvé seul dans cette situation jusqu’à la lutte finale. Et de ce fait, Ron et Hermione se trouvaient toujours être protégés, bien qu’ils aient eu à combattre à ses côtés dans le 5e tome. J’avais complètement planifié toutes ces choses, parce que le héros doit vivre ces événements, accomplir certains actes et les expérimenter de par lui-même. Être un héros c’est devoir faire face à cette isolation et à cette mélancolie.

Le chapitre 34 (‘Allongé à plat ventre, le visage contre le tapis poussiéreux du bureau où il avait autrefois cru apprendre les secrets de la victoire, Harry avait finalement compris qu’il n’était pas censé survivre.’) sonne un peu comme “Cent Ans de Solitude” de Gabriel Garcia Marquez.

J.K. Rowling : Je suis flattée.

Et le Professeur Dumbledore dit, dans le 7e tome, après le chapitre dans lequel Harry a dû faire face à la mort : ‘N’aie pas pitié des morts, Harry. Aie plutôt pitié des vivants et surtout de ceux qui vivent sans amour.’ Quelqu’un qui prononce de telles paroles a forcément connu de telles situations dans sa vie : la vie, la mort et le manque d’amour.

J.K. Rowling : Oui, cela tourne autour de l’idée selon laquelle si vous traitez une personne de manière brutale, cet individu deviendra quelqu’un de brutal. Ce n’est pas quelque chose qu’on vous apprend. On continue de maltraiter des gens, en espérant qu’ils apprendront. Mais la seule chose qu’ils apprennent c’est la brutalité, et le cycle se répète encore et encore. Comment pouvons-nous mettre un terme à ce cercle vicieux ? Si je vous donnais la réponse, je serais plus une politicienne qu’un écrivain. Mais ce processus doit connaître une fin. Parce que tous ce que nous réussissons à faire c’est de transformer les gens en assassins.

Écrivez-vous toujours à la main ?

J.K. Rowling : Oui. Le stylo est ma baguette magique et mes doigts sont atrophiés suite à l’usage intensif que j’en ai fait.

Lorsque vous avez écrit le premier livre, pensiez-vous à un public précis ?

J.K. Rowling : C’est là tout le problème. J’étais attirée vers l’histoire pour enfants puisque le personnage principal était un enfant. Et au final, il est devenu un homme, un jeune homme certes, mais un homme tout de même. C’est ce qui est peu courant dans les livres pour enfants : le protagoniste grandit. Cela me réjouit énormément que les gens continuent de lire et d’aimer les livres. Ils ont grandi avec Harry Potter. Ce qui serait intéressant, c’est que de jeunes lecteurs veuillent continuer de lire les livres. Ce serait vraiment fantastique, et cela m’enchanterait. Mais je n’avais jamais considéré les adultes comme lecteurs potentiels. J’ai simplement écrit ce que je voulais écrire et je pensais qu’une fois fini, l’éditeur en jugerait par lui-même.

Meter Mayer, l’éditeur qui a été le premier que j’ai entendu parler de Harry Potter en Espagne, dit que ce qui est incroyable dans la série c’est qu’elle se soit transformée en lecture pour adulte, que c’est là tout la clé de son succès.

J.K. Rowling : Oui, c’est incroyable. Aujourd’hui seulement je suis capable de regarder derrière moi et de me rendre compte de tout cela. Pendant dix ans, je ne me suis pas permis de penser à cela. Je crois que je le faisais afin de me protéger. C’est très difficile de vivre avec les médias, mais je vivais en niant les faits, continuellement. Après chacune des publications, je faisais tout pour ne pas avoir à lire aucune critique.

En vérité vous pouvez le faire ?

J.K. Rowling : Oui, il est préférable de ne pas être suspendu aux critiques ni à ce qui est dit de vous. J’ai écrit ce que je voulais. Quand j’ai terminé d’écrire le septième volume, j’ai pensé que c’était le meilleur que j’avais écrit. C’était le livre que je voulais écrire. J’étais plus satisfaite de ce livre que des autres. Si j’avais lu certaines critiques, à quoi cela m’aurait-il avancée ? J’avais déjà écrit. Il n’y avait rien qu’elles puissent faire. Mais maintenant je peux me permettre de regarder derrière moi, et arrive alors ce que vous avez décrit : à savoir que les adultes ont commencé à lire le livre à leurs enfants puis qu’ils ont ensuite continué à le lire pour eux. Il n’y a rien de plus incroyable que d’entendre les gens dire que des familles entières lisaient ensemble les livres. Je l’ai souvent entendu dire. Ils lisaient un chapitre en famille et se réunissaient à nouveau pour lire le suivant. Une vérité qui s’avère incroyable non ? Beaucoup de familles m’ont contée avoir fait ceci. C’est énormément valorisant et ce à plusieurs niveaux. Du point de vue littéraire, parce que mes livres se sont transformés en un moyen d’unir tous les membres d’une famille. Les livres se sont transformés en un acte social.

C’est ce que vous avez fait avec Jessica ? Allez-vous faire la lecture à vos autres enfants également ?

J.K. Rowling : Jessica a quatorze ans et c’est une fervente admiratrice de Harry.

Que vous a-t-elle dit après avoir lu les livres ?

J.K. Rowling : Elle m’a demandé pourquoi j’avais fait tel choix et pas un autre, et je lui ai répondu que c’était comme ça que ça devait être. Des fois, on peut donner une réponse automatique, comme des mécanismes littéraires qui aident le déroulement de l’intrigue. Dans les autres cas, c’est plus difficile d’expliquer le processus d’écriture. Je l’ai écrit parce que ça m’est venu comme ça. Il m’arrive d’écrire comme sous la dictée de quelque chose ou quelqu’un d’autre.

Pourriez-vous décrire ce “quelque chose” ?

J.K. Rowling : Il y a plusieurs réponses à cette question. Je pourrais dire : “C’était moi, c’était mon inconscient.” Oui, c’était mon inconscient, et ce que j’ai écrit vient de tout ce que j’ai fait et de tous ceux que j’ai connus, parce que tout reste dans un coin de ma tête. Je pourrais aussi dire que c’est une muse. J’aime bien penser que j’ai une muse, parce que cela signifie que l’écrivain n’a pas conscience de la source de son inspiration, ou pas totalement du moins, et je sais que c’est un cliché dans l’univers Harry Potter, mais elles sont magiques.

Ça veut dire que vous avez vécu la même expérience que Juan Rulfo quand il dit qu’il a écrit “Pedro Páramo” parce qu’il ne le retrouvait plus dans sa bibliothèque.

J.K. Rowling : J’adore cette histoire et c’est vrai, c’est exactement mon cas. La différence est que je n’ai pas écrit ce que je voulais, mais ce dont j’avais besoin à ce moment-là.

Traduit et adapté par Alex, K'm, Lumen, Matth pour Poudlard.org

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