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Rendre justice à la traduction de Harry Potter...

Une question de premier plan serait : comment la traduction peut-elle rendre justice à l’oeuvre originale ? Cette question fort intéressante touche tout autant les différents traducteurs des romans HP que nous autres, rédacteurs d’actualité potterienne, qui devons rendre crédibles et agréables des textes initialement écrits dans la langue de Rowling.

Le Guardian soulève avec justesse les différents problèmes posés, les anecdotes relatives aux pièges de traductions, etc... Et en effet, on ne pense pas forcément à tous ces petits casse-tête qui sont autant de défis pour les traducteurs...

Le journal expose la chose de la façon suivante : « Imaginez que vous êtes un traducteur officiel de la saga HP et imaginez que vous êtes parvenu à vous dépétrer avec le titre du tome 7 (une idée pour Deathly Hallows, quelqu’un ?). Imaginez maintenant que Amazon vous a livré le roman le plus attendu de tous les temps et que votre travail est de rendre son contenu dans une autre langue afin de contenter un lectorat avide. Par quoi commencez-vous ?

Selon toute vraisemblance vous commencez par réfléchir au premier obstacle que rencontre tout traducteur : il s’agit de trouver le bon équilibre entre une fidélité litérale au texte et une équivalence moins fidèle mais plus crédible et plus littéraire. Par exemple lorsque l’oncle Vernon chantonne « Tiptoe Through the Tulips » (tome 1, ndlr), est-ce que vous devez garder la chanson anglophone et traduire uniquement le titre ? L’oncle espagnol de Harry chante par exemple « De puntillas entre los tulipanes ». Ou devez-vous trouver une équivalence locale comme c’est le cas pour l’Onkel Vernon allemand qui fredonne un morceau issu du folklore du pays : « Bi-Ba-Butzemann » ?

Les lecteurs espagnols y trouvent, dans la plupart des cas, les noms propres et les mots inventés, inchangés (« ¿Hagrid, qué es el quidditch ? »), ou traduits litéralement. Il apparaît donc qu’en langue espagnole, le roman reste fidèle, et ce d’une façon tout-à-fait évidente. Mais alors que rien n’est changé, est-ce que le nom de Quirrel sonne nerveux, gauche et plaintif en espagnol ? Et est-ce que « Hufflepuff » (« Poufsouffle ») a une consonnance aussi inefficace, ralentie et adorable à l’écoute qu’elle l’est à des oreilles anglaises ?

Par contraste, au Brésil la traductrice, Lia Wyler a choisi de sacrifier la langue au profit de l’esprit du roman, changeant beaucoup de noms afin qu’ils sonnent plus portugais et assumant par là même la lourde tâche de réinventer 400 mots. Harry joue en effet au « quadribol », et lorsqu’il n’est pas à Poudlard, il est dans le monde des « trouxas » (« moldus ») avec son cousin trouxa, Duda. Minerva McGonagall garde son nom, mais comme le veut la tradition dans les écoles brésiliennes, elle est familièrement nommée « Profa Minerva » par les élèves. Le Choixpeau sauve Harry de « Sonserina », l’assignant à « Grifinória » à la place.

Harry Potter lance une quantité de défis aux traducteurs (ou parfois aux groupes de traducteurs) de façon quasiment unique. Il y a en effet un nombre incalculable de mots inventés... Quel est le mot turc pour « Vif d’Or » ou comment dit-on « Cognard » en bulgare ? [...] Il y a également le problème des sorts et des anagrammes : Tom Marvolo Riddle est l’anagramme de « I am Voldemort » mais n’est pas celui de « Je suis Voldemort » (en français dans le texte, ndlr). Du coup, en France, il s’appelle « Tom Elvis Jedusor » (en français dans le texte, ndlr).

Certains traducteurs ont même dû se justifier devant des fans mécontents, qui désaprouvaient leurs choix. D’autres ont rapidement compris que comparer traduction et version originale permettait de dénicher quelques indices croustillants. Le tome 6 présente par exemple une note signée par un msytérieux « R.A.B » au sujet duquel beaucoup de lecteurs ont supposé qu’il s’agissait de quelqu’un issu de la famille Black, un parent de Sirius Black (et plus particulièrement son jeune frère Regulus). La traduction hollandaise donne les initiales R.A.Z, sachant que le parrain de Harry se nomme Sirius Zwarts, ce changement suggère une intéressante subtilité.

Une autre raison qui fait de Harry Potter un livre plus difficile à traduire que les autres, est que la Warner, qui détient les droits du film impose beaucoup de demandes contractuelles. Il y a par exemple eu des cas de non respect de contract envers Warner Bros. et les traducteurs concernés ont donc été remplacés entre deux tomes.

Le travail de traducteur implique d’être simultanément présent et absent du texte, à la fois totalement imprégné du travail et aussi absolument invisible. Et pour la plupart, cette discretion est réussie. D’ailleurs, le refus de certains traducteurs de me parler a sans doute quelque chose à voir avec cet idéal d’invisibilité. Mais cela est sans doute également lié à la surpublicité qui va de paire avec ce travail. Cette publicité est certainement inhabituelle dans ce domaine. Quoiqu’il en soit, dans cette profession invisible, ces personnes agissent en coulisse, effaçant leurs traces et pourtant ils sont atteints par la célébrité. Et quoiqu’en disent certains, le travail de traduction n’a rien d’ordinaire...

Traduction de l’article du journal The Guardian par Morgane pour Poudlard.org.