Avec Les Reliques de la Mort – Partie 1, David Yates a réussi un vrai coup de poker : réaliser le meilleur film Harry Potter qui ressemble le moins à un film Harry Potter !
Nous quittons Poudlard mais nous retournons aux sources : le roman de Rowling ! À l’instar des deux premiers films, cet avant-dernier opus respecte extrêmement bien l’œuvre de J.K. Rowling, et ce, au plus grand bonheur des fans ! Si les 2h30 de la première partie couvrent en réalité un peu moins des 2/3 du livre, l’essentiel des aventures de nos plus très jeunes héros sont retranscrites très fidèlement, voire parfois même au mot près !
Certains déploreront sans doute le caractère expéditif de certaines scènes comme le départ des Dursley, la Bataille dans le Ciel et surtout le mariage de Bill et Fleur. D’autres se plaindront sans doute de l’absence totale de certaines trames narratives, notamment celle de Dumbledore qui aurait pu être plus approfondie. Il est vrai que le sage à la barbe blanche apparaît plus comme un vieux naïf que comme un traître manipulateur et froid, comme c’est le cas dans le roman. Enfin, d’autres regretteront l’absence de personnages comme Dean et Ted Tonks.
Mais, si l’on considère les retards en information et les écarts des précédents films par rapport aux livres, l’on peut comprendre que certaines intrigues comme le tableau de Phineas Black, la goule en pyjama de Ron, ou encore le vol de l’Épée de Gryffondor aient été mises de côté pour cette première partie. Cette dernière sera d’ailleurs peut-être élucidée dans la deuxième partie.
Enfin, les quelques scènes rajoutées ou extrapolées à partir du roman semblent toujours en accord avec l’atmosphère du film. Ainsi, la séquence d’ouverture est peut-être l’une des plus réussies de tous les films. Voir disparaître Hermione de toutes ses photos de famille, assister au départ hâtif des Dursley et observer le regard inquiet de Ron, procurent une grande émotion et donne tout de suite le ton du film. D’autres scènes totalement inventées sont bienvenues car souvent touchantes et drôles, elles permettent de « relâcher » la tension. La salle a souri et bien rigolé quand Hermione tente d’apprendre La Lettre à ÉElise à un Ron sous le charme de sa belle. Et après quelques nouveaux rires nerveux devant les premiers pas de danse entre Harry et Hermione, beaucoup ont senti leurs yeux se remplir de larmes face à cette démonstration maladroite d’une grande amitié. L’apparition inattendue de Dobby au 12 Square Grimmauld a également déclenché de gros applaudissements et une profonde jubilation, notamment grâce au contraste frappant entre un Dobby comique et un Kreattur morose.
Morose, c’est bien le terme qui peut définir non seulement Kreattur mais aussi l’essentiel de cette première partie. Le style caméra portée souligne très bien notre impression de quitter le monde magique de Poudlard pour une dure et triste réalité. Les paysages – toujours aussi magnifiques – où se retrouvent Harry, Ron et Hermione, sont toujours plus désertiques et sauvages. Tout est froid, gris mais impressionnant de majesté ! L’utilisation judicieuse de la musique qui est beaucoup moins présente que dans les épisodes précédents mais beaucoup plus subtile, renforce cette idée du calme avant la tempête. L’exemple le plus frappant reste cette magnifique poursuite dans les bois où l’absence totale de musique donne un réalisme profond à la scène. Le rythme lui-aussi, qui peut sembler trop discontinu, apparaît comme un choix intelligent et correspond très bien à l’atmosphère du livre. Les scènes d’action sont toujours très rapides et entrecoupées de longues scènes d’attente et de tension, scènes qui deviennent ainsi les plus angoissantes car on ignore quand le « Mal » va encore frapper. Ainsi, la « pureté » du film et sa froideur générale montrent bien que cet épisode n’est pas un simple et énième blockbuster mais bien un film pensé, stylisé et pertinent. Depuis qu’il a repris les rênes, David Yates a enfin choisi une réalisation appropriée et respectueuse de l’atmosphère du livre. Pour la première fois, il évite le contre-sens !
Mais la grande force de David Yates qui ressort aujourd’hui est son humour. Car un film simplement morose n’aurait pas plu. Les nombreuses touches d’humour font beaucoup de bien et permettent tant aux personnages qu’aux spectateurs de souffler. Ron prend alors toute son importance. Tandis que l’humour du sixième film ressemblait plutôt à du grand guignol, il est ici léger, décalé et incongru. À cet égard, l’interprétation de Rupert Grint s’élève à un très haut niveau. On sent que le trio d’acteurs a mûri et s’est investi totalement dans ce film. La plus grande surprise vient peut-être d’Emma Watson qui trouve enfin un ton remarquablement juste, alors qu’elle était souvent accusée de surjouer Hermione. La jeune femme est étonnante de subtilité et parvient à retranscrire tous les conflits avec lesquels elle se débat : son amour pour Ron, son amitié pour Harry et le manque de ses parents. Emma est d’ailleurs magnifique de justesse pendant la scène tant attendue de sa torture par Bellatrix et lorsqu’elle essaie de soigner Ron qui s’est désartibulé. Si Daniel Radcliffe démarre le film un peu en-dessous des deux autres, en forçant toujours son jeu, il se rattrape très vite, particulièrement lors de sa dispute avec Ron. Une mention spéciale doit être donnée aux trois acteurs qui incarnent Reg, Runcorn et Mafalda, alias Ron, Harry et Hermione, au Ministère de la Magie !
Pour ce qui est de la mise en scène, David Yates a très bien géré ses acteurs. Certaines prises longues sur leurs expressions donnent vraiment de l’intensité à certaines scènes et ne trahissent jamais les acteurs. Par exemple, lors du retour de Ron auprès du trio, l’on peut lire beaucoup de choses sur le visage muet d’Hermione. De même pour la réaction hésitante de Drago chargé d’identifier Harry, lors de sa capture au Manoir des Malefoy.
Enfin, pour conclure, on peut dire que David Yates a fait des choix de réalisation ambitieux pour cette première partie. Ambitieux certes, mais judicieux et récompensés, à l’image de la superbe illustration du Conte des Trois Frères narré par Hermione. La qualité des dessins et des animations, ainsi que les transitions d’ouverture et de fermeture de la scène sont d’une finesse merveilleuse de simplicité.
Bref, un film simple mais beau et efficace, qui ne retranscrit pas l’essentiel mais l’essence du livre de Rowling : un drame psychologique où les héros ne luttent pas seulement contre les forces du Mal mais aussi contre eux-mêmes. Que dire de plus si ce n’est : To be continued !



