Après avoir composé la musique des trois premiers films Harry Potter et écrit une pléthore de thèmes, John Williams a passé le relais au compositeur Patrick Doyle qui a élaboré ses propres thèmes, tout en conservant le « Thème d’Hedwige » et en l’incluant dans ses partitions. Tout comme les livres, les films sont devenus de plus en plus sombres, Harry Potter et la Coupe de Feu ayant eu le bénéfice de l’habileté de Doyle à écrire des mélodies recherchées dépeignant tout le dramatisme de l’action.
Le réalisateur David Yates, assez peu connu des spectateurs aux États-Unis, a été choisi pour réaliser le cinquième film, Harry Potter et l’Ordre du Phénix, et a insisté pour travailler avec le compositeur avec lequel il avait collaboré auparavant, récompensé par la BAFTA ([N.d.T] Académie britannique des arts de Télévision et de Film), Nicolas Hooper, également peu connu des spectateurs américains. Hooper a convaincu le département musical de la Warner Bros. et a par la suite composé plus de deux heures de musique pour le film, qui ont été enregistrées le printemps dernier à Abbey Road, à Londres. Adaptée par Peter Cobbin et enregistrée avec l’Orchestre de Chambre de Londres, Hooper – comme Doyle – a écrit de nouveaux thèmes, tout en retenant le « Thème d’Hedwige » pour les moments clé.
Pour ceux qui n’étaient pas familiarisés avec le style de Hooper, le « souci » premier a été de savoir si oui ou non sa composition allait s’accorder avec le modèle fermement établi par Williams pour les trois premiers films. Le talent d’Hooper pour la création mélodies intenses et une écriture sûre devrait réduire ces peurs à rien. La partition d’Harry Potter et l’Ordre du Phénix contient deux nouveaux thèmes proéminents : le Thème du Professeur Ombrage et le Thème de la Possession. Apparaît aussi un motif récurrent pour l’Armée de Dumbledore et quelques autres mesures et morceaux qui interviennent quelques fois, ainsi qu’un clin d’œil orchestral à quelques précédents thèmes de Williams.
1. Fireworks / Feux d’artifice (1:49)
Cette piste est espiègle. Un orchestre entraînant entre en jeu sur une musique rapide à contretemps. La mélodie se construit progressivement puis disparaît soudainement nous laissant avec les percussions et une guitare électrique d’une tonalité plaintive, ajoutant un caractère encore plus contemporain à la pièce. L’orchestre refait alors son entrée et la pièce évolue en crescendo jusqu’à une conclusion intéressante et amusante.
2. Professor Umbridge / Professeur Ombrage (2:35)
Le son des cordes en trémolo s’intensifie lentement, aboutissant à une interprétation encore plus désinvolte du Thème du Professeur Ombrage sur cordes aiguës accompagnées par les carillons. Les bois au son moelleux se joignent aux cordes, et bientôt, l’orchestre au complet joue le thème A. Puis, le thème B est introduit, une construction grandissante qui s’avère être très Williamsesque (évocatrice de quelques extraits d’Hook), utilisant les cors. Alors, le thème est joué par le hautbois, puis repris par l’orchestre dans son entier, amenant à l’interprétation du thème B par la clarinette et le glockenspiel, accompagnés par les cordes. Les flûtes, légères, survolent le tout, puis une version complète du thème A nous est offerte. Le morceau se termine dans un mouvement descendant légèrement inquiétant joué par les cordes et le glockenspiel, s’éteignant peu à peu.
3. Another Story / Une Autre Histoire (2:41)
On entend ici le Thème d’Hedwige, alors que le film (apparemment) commence. Le thème est un peu plus sombre, avec quelques tensions orchestrales, et se développe en un discours important, mais le chant les cors semble ne pas s’interrompre – à la place, il introduit le piano et une atmosphère distante (probablement électronique), avec un doux trémolo des cordes. Alors, les flûtes s’alternent pendant que le son des cordes s’amplifie lentement, et les cors restituent une partie du Thème d’Hedwige avec un caractère menaçant laissant place à un mauvais pressentiment.
4. Dementors in the Underpass / Des Détraqueurs dans le passage souterrain (1:45)
Grave et profonde, la pulsation des percussions s’achève, puis les cordes graves grondent tandis que les cordes aiguës apparaissent discrètement jusqu’à soudainement retentir fortement. Les cordes créent au hasard une dissonance frénétique alors que la partie grave du chœur entre en scène. Maintenant, le tout est en élévation, sonnant bien plus comme l’air des Détraqueurs de Williams dans Harry Potter et le Prisonnier d’Azkaban. Le chœur apparaît alors dans toute son étendue, puis les cordes font évoluer la mélodie dans un sens ascendant jusqu’à un accord dramatique qui s’écroule, laissant les cuivres traînants en fond.
5. Dumbledore’s Army / L’Armée de Dumbledore (2:42)
Légères, les flûtes, accompagnées par les cordes aiguës, jouent un nouveau motif rappelant l’air « Windows to the Past ». Mais ce thème n’est pas joué. À la place, la flûte est lentement rejointe par la harpe, et les cordes commencent à exécuter un nouveau rythme, donnant la mesure. La clarinette commence maintenant à jouer une ligne encore plus joviale, et est ensuite rejointe par les cors. La mélodie est à contretemps et espiègle et à la même tonalité que la lancée de Feux d’artifice, mais sans le caractère festif et la guitare électrique.
6. The Hall of Prophecies / La Salle des Prophéties (4:27)
Les ambiances distantes créent un environnement sonore inconfortable, et le chœur chantant faiblement peut-être entendu dans le fond. La pièce gagne lentement en intensité, et les cors jouent de manière inquiétante une variation du Thème d’Hedwige alors que les cordes évoluent dans un crescendo progressif. On entend un « reverse-hit » électronique, et les cordes « glissent » autour avec les percussions donnant subtilement la pulsation dans les graves. Les cuivres font leur apparition, rejoints par les cordes, et, après un accent, un ostinato tendu et rythmique commence à se développer. L’énergie a la qualité d’une fugue dès lors que les grondements de trompette entraînent l’entrée de plus en plus de sections de cordes, et bientôt, tout l’orchestre participe. Une pause, et le chœur devient de plus en plus important. La « course » est à nouveau lancée et gagne en intensité jusqu’à la fin du morceau.
7. Possession / Possession (3:20)
L’orchestre et le chœur dissonants parviennent rapidement à l’élaboration d’un accord dramatique qui disparaît, nous laissant avec le faible trémolo des cordes. Le Thème de la Possession est brièvement entendu ici, et la mélodie ascendante et descendante est jouée très doucement (et presque subtilement) par les cordes graves. Le reste des cordes entre en scène alors que la pièce se développe, évoluant en un crescendo entraînant, puis devient sombre et dissonante, et s’éteint. Un solo de violoncelle lugubre se démarque de l’ensemble, et la pièce se termine dans un faible tintement de trompette.
8. The Room of Requirements / La Salle sur Demande (6:09)
Le glockenspiel dégressif crée une nouvelle texture avec le chœur et les cordes silencieux alors que le morceau commence. Une vague s’élance au-dessus de la musique, et maintenant le trémolo des cordes est ininterrompu, alors que les carillons et le glockenspiel jouent le Thème du Professeur Ombrage. Une clarinette se joint à eux, et il se crée une sorte de (j’ose) vibration magique durant le morceau lorsque les cordes s’unissent en des accords majeurs et mineurs, créant un motif récurrent. La harpe se joint au thème, et bientôt se construit une sorte de mélodie groove percutante en amont. La transition est faite avec un basson jouant le thème, les cordes l’accompagnant. Puis, les cordes deviennent un peu plus dissonantes, mais l’exécution thème se poursuit, bientôt transposé aux cors, qui commencent à retirer la mélodie aux bois. Puis c’est au tour des flûtes d’avoir le thème, et bientôt les cordes l’ont aussi, le tout allant de l’avant. Les cors accentuent un peu la mélodie, puis les cordes donnent la pulsation alors que les cuivres font entendre un nouveau motif. Ce motif est alors repris cordes graves, tandis que le reste de l’orchestre se démarque en jouant le thème. Cela aboutit à un motif majeur-mineur, et conclue le morceau sur une note entraînante.
9. The Kiss / Le Baiser (1:56)
Les cordes gagnent en intensité et en richesse de son alors que les carillons et le glockenspiel créent une ambiance de fond. Il n’y a pas de mélodie distincte ici, mais les alternances d’accords créent une vibration émotionnelle presque romantique. La pièce se développe en un long crescendo plein de chaleur, et se clôt sur une touche agréable et satisfaisante.
10. A Journey to Hogwarts / Un Voyage à Poudlard (2:54)
Les cordes vont et viennent pendant que le Thème d’Hedwige est joué par les cors, les flûtes et les cuivres. Puis, des cordes en trémolo accompagnent une clarinette, rejointe ensuite par d’autres bois. Alors, une nouvelle mélodie est interprétée par les flûtes, accompagnées par les cordes. Le morceau évolue en une pièce pleine d’espièglerie dont la sonorité fait penser à un accordéon répétant un même schéma musical. Enfin, les cordes tiennent un trémolo alors que l’air touche à sa fin.
11. The Sirius Deception / La Déception de Sirius (2:36)
Les cordes, sombres et angoissantes, percent le silence (allusion au Thème de la Possession) suivies par de l’électronique qui ajoute subtilement une pointe de distorsion au tout. Alors, un ostinato rythmique est lancé, accompagné des cuivres à la sonorité dramatique et des cordes le soutenant, résultant en un crescendo. Soudainement, la pièce change de teinte et adopte un caractère plus enlevé à couper le souffle qui semble être le Thème de l’Armée de Dumbledore alors que le morceau arrive à sa conclusion.
12. The Death of Sirius / La Mort de Sirius (3:58)
Des pulsations dans les tons très graves (qu’on sent plus qu’on ne les entend) ouvrent l’air, avec un chœur à la sonorité profonde et les cordes en trémolo, préfigurant quelque chose de terrible. Le chœur et les cordes évoluent en une vague frénétique, et, maintenant, les cordes les plus graves se font entendre, avec un subtil effet tournoyant de bordure en fond. L’orchestre commence à jouer de manière dramatique, l’intensité s’amplifiant, aboutissant à de fortes « rafales » d’ostinato accentuées par les percussions. Soudainement, le chœur jaillit au travers puis disparaît, tandis que les cordes continuent leur développement rapide. Le chœur est à nouveau de retour, dirigeant l’air vers son apogée. Alors, la sonorité des cordes prend une teinte expressive et douce, avec une légère nuance de distorsion, puis, faisant ressortir tout le chagrin de l’instant, s’estompe alors que la pièce se termine.
13. Umbridge Spoils a Beautiful Morning / Ombrage gâche une belle Matinée (2:40)
La flûte, les cordes et la harpe s’éveillent et nous mènent vers une version pizzicato du Thème du Professeur Ombrage joué avec espièglerie. Ils sont accompagnés par un léger trémolo des cordes marqué par un crescendo occasionnel. Après une pause brève, les cordes jouent dans un registre dissonant alors que les carillons jouent le thème, le morceau s’achevant avec un dernier crescendo des cordes.
14. Darkness Takes Over / Les Ténèbres reviennent (2:58)
Les cordes, inquiétantes, gagnent en intensité, accompagnées par de légers tintements de trompette dans le fond. Puis, les cordes, prenant une sonorité dramatique, jouent de manière expressive alors que la flûte exécute un ostinato. Les cors entrent ensuite en scène avec un motif semblant résulter d’un mélange des thèmes de « Voldemort » et d’« Harry en Hiver » de Doyle. Un accord dramatique est joué, avec des percussions sifflant comme un serpent. Puis, des vents et des tintements de trompette aériens se font entendre en amont des cordes « tourbillonnantes » et une partie du Thème du Professeur Ombrage est exécutée par le glockenspiel. Les cordes graves commencent à s’agiter alors que les trombones, dans une tonalité sombre, prennent de l’importance, couplés avec l’électronique. Maintenant, les cordes prennent de la vitesse, supportées par les accents des cuivres. Elles créent un tourbillonnement de dissonance puis la pièce prend fin.
15. The Ministry of Magic / Le Ministère de la Magie (2:48)
Un solo de basson au caractère malicieux ouvre la pièce sur un motif répétitif. Il est bientôt rejoint par les cordes en pizzicato puis la clarinette et d’autres bois. La musique a un côté Pierre et le Loup, puis les cordes entament un decrescendo alors que le glockenspiel continue de supporter la musique. On entend alors un chœur dissonant, puis un solo de flûte très bref avant que les cordes ne commencent l’exécution d’un ostinato descendant qui se répète et évolue en un crescendo dramatique et expressif. Le basson refait alors son entrée pendant que les cors jouent. Puis la flûte intervient, légère, alors que les cordes effectuent un rythme doux allant de l’avant. La pièce se termine avec un ralenti général, puis une vague rapide clôt le morceau.
16. The Sacking of Trelawney / Le Renvoi de Trelawney (2:15)
Les cordes, expressives, accompagnées par le glockenspiel jouent une nouvelle mélodie, teintée de tristesse. Les accords gagnent en richesse de son et en intensité, faisant la transition directe avec le prochain morceau.
17. Flight of the Order of the Phoenix / Le Vol de l’Ordre du Phénix (1:34) Les percussions exécutent un rythme et sont rejointes par les cordes, alors que le morceau se développe progressivement, évoluant rapidement en une pièce tumultueuse. Les cordes, rapides, « tournoient » tout autour alors que le rythme ne s’interrompt pas et un air ressemblant à une variation du motif de l’Armée de Dumbledore est joué par les cuivres et les cordes, avant que ne se conclue l’extrait.
18. Loved Ones and Leaving / Personnes aimées et Départ (3:15)
Les cors et les cordes sont mis à l’honneur et jouent avec expressivité alors que l’album arrive à sa fin. On a une impression d’allongement, due à l’exécution de puissants accords. Alors, le glockenspiel et les bois, accompagnés par le trémolo des cordes, jouent doucement, avant d’en venir à une version, accompagnée par la harpe, expressive de la mélodie interprétée par les cordes et la flûte. La pièce évolue alors progressivement vers la conclusion caractérisée par une note finale grandiose.
A l’instar du livre, la partition d’Harry Potter et l’Ordre du Phénix n’est pas riche en action, bien qu’elle contienne beaucoup d’instants de tension et d’excitation. Avec de nombreux moments mélodiques, quelques réminiscences du Thème d’Hedwige de Williams et quelques références orchestrales passagères (voulues ou non) à la musique de Patrick Doyle, Hooper a composé une partition qui devrait bien s’adapter à la franchise musicale d’Harry Potter . L’album dure 52 minutes (soit plus d’une heure de composition non publiée) et sera mis en vente dès le 10 juillet 2007 ([N.d.T.] Encore aucune date n’a été annoncée pour la sortie de la BO en France.).
