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J.K. Rowling interviewée par “The Student”

Il est difficile de ne pas aimer une ville dans laquelle vous pouvez rencontrer J.K. Rowling par hasard dans un café du centre, lui demander poliment de vous accorder une interview, et, après quatre mois d’attente insoutenable, obtenir un entretien avec, sans aucun doute, le plus célèbre des auteurs dans le monde.
S’il vous plaît, ne me qualifiez pas ainsi, insiste-t-elle”, faisant preuve d’une modestie qui paraît assez suspecte au premier abord. Je devrais en débattre avec elle étant donné les nombreux prix qu’elle a remportés, son immense fortune, et les plus de 400 millions de copies de ses livres qui se sont vendus sur toute la surface du globe, mais me ravise plutôt que de m’emporter contre une personne qui est déjà censée avoir une certaine aversion pour les interviews. Pour calmer la colère dont il a été fait mention, je lui présente plutôt une amie qui me servira d’interprète de par sa connaissance sans failles de l’œuvre pour compenser ma totale ignorance de tout l’univers Harry Potter (je pense que le terme qui pourrait le mieux me décrire est Moldue).

Mais Harry n’est pas l’unique sujet de discussion de cette conversation. Cet entretien porte sur la femme qui s’est élevée au pinacle de la littérature moderne durant la dernière décennie, en termes de vente et de célébrité. Le dernier tome, Harry Potter et les Reliques de la Mort, a été publié en juillet 2007 et a été étiqueté comme le manuscrit ayant le plus de valeur de toute l’Histoire. Après tout ce temps passé sans le jeune sorcier, lui manque-t-il vraiment ? “Oui”, dit-elle après une légère hésitation. “Mais je vais de mieux en mieux. Tout de suite après avoir terminé le septième roman, nous nous sommes occupés de sa rédaction finale donc je travaillais encore dessus. Cela n’a pas été une coupure totale, je ne l’ai réalisé que lors de mon anniversaire, le 31 juillet”, que, comme les fans le savent, elle a passé en compagnie de son héros, “et cela m’a complètement démolie à un moment.
Je m’y étais préparée depuis si longtemps. Pendant les trois mois que j’ai passés à écrire le septième livre, j’ai constamment ressenti que cela touchait à sa fin. C’était une fin que j’avais imaginée depuis un long moment et que j’étais impatiente de mettre sur papier. Donc, j’étais vraiment partagée : d’un côté j’éprouvais ce sentiment d’exaltation et de l’autre ce sentiment de tristesse. Et puis nous sous sommes occupés de la finalisation de la rédaction, la date publication est arrivée et dix jours après je me suis rendue compte que je ne pouvais plus me rendre dans ce monde. C’était terminé.
Il est difficile de ne pas prêter attention à l’extraordinaire articulation des phrases que Rowling prononce, articulation que l’on imaginerait inhérente à un auteur de son envergure. Cela découle sans aucun doute de son authentique et oh combien perceptible passion pour les livres, les personnages, et l’univers auquel ils appartiennent ; devant une telle transparence d’émotions, vous réalisez immédiatement qu’il ne s’agit en aucun cas d’une quelconque aventure littéraire entreprise pour amasser le plus d’argent possible. Dans ce cas, pouvez-vous affirmer qu’elle ne se retournera jamais sur une période aussi importante de sa vie ?

Hé bien, non, vous ne pouvez pas dire une telle chose”, dit-elle tout en riant. “Personne ne peut comprendre. C’est un sentiment assez particulier parce qu’il y a évidemment beaucoup d’auteurs qui ont écrit à propos d’un certain monde mais le mien a occupé 17 années de ma vie. Et cela a été 17 années assez tumultueuses ; Harry était ma constante. Cet univers était toujours présent dans mon esprit, je décrierais cela comme une relation hors du commun qui était au centre de mes pensées… Et puis, c’était terminé. C’était immensément douloureux”, se lamente-t-elle, comme si elle était toujours endeuillée.

Nous avons légèrement changé de sujet pour parler du récent documentaire d’ITV qui avait été diffusé à la télévision durant Noël 2007. Le film, soi-disant le récit le plus complet de la vie de J.K. Rowling jusqu’à maintenant, revenait sur une année entière de la vie de l’écrivain avec beaucoup de mélancolie, et rapportait quelques révélations très personnelles de celle-ci. Une des ces confessions était la gêne très compréhensible qu’a ressentie Rowling quand les fans et les paparazzis ont commencé à prêter attention à chacun de ses pas. À ce stade de sa vie, presque un an après la publication du dernier tome, qu’est-ce qui lui manque le plus – Harry Potter ou son anonymat ? Elle marque une pause avant de répondre. “C’est une excellente question. Personne ne m’a jamais demandé ça.” Prends-ça ITV.
Je l’encourage à en dire plus, en lui disant que cela doit être assez pénible d’être abordée par quelques étudiants journalistes chez Starbucks lui réclamant une interview… “Pour dire la vérité, j’ai connu des hauts et des bas”, admet-elle en fin de compte. “Il y a définitivement eu des moments durant les dix années pendant lesquelles on publiait mes écrits où j’aurais pratiquement tout donné pour retrouver l’anonymat, mais c’était des moments où je n’allais pas bien et cela n’avait aucun rapport avec les gens qui venaient me voir chez Starbucks. Parce que les personnes qui viennent me parler chez Starbucks sont toujours charmantes. Toujours.
Je ne peux pas m’empêcher de me moquer, en partie parce que je ne la crois pas mais également pour tenter d’éviter tout soutien grossier des « sociétés de café ». “C’est vrai, c’est vrai !” proteste Rowling. “Vous savez, aussi loin que ma mémoire puisse remonter … je n’aurais pas besoin de tous les doigts de ma main pour compter le nombre d’individus ayant été désagréables lorsqu’ils m’ont approchée – je n’inclus pas dans ce nombre les « eBayeurs », ils sont très agressifs mais leur attitude ne dépeint pas celle d’un fan, elle dépeint plutôt celle de quelqu’un qui cherche à gagner le plus d’argent possible, donc ils peuvent être assez effrayants – mais il y a eu des moments durant lesquels j’aurais tout donné pour retrouver l’anonymat. Je me sentais assiégée parfois. Je n’aurais jamais pensé que des journalistes viendraient frapper à ma porte. Il y a eu une période au milieu de ces dix années qui a été assez stressante.

Au risque de paraître assez agressive et insensible, je voudrais attirer l’attention sur l’une des réponses apportée à une question précédemment posée. “À l’heure qu’il est, Harry me manque plus qu’autre chose”, déclare-t-elle. “Oui. Il me manque en tant que personnage, mais ce qui est intéressant c’est qu’il n’a jamais été le personnage le plus populaire des livres. En réalité, un sondage a été conduit il y a peu et il en est ressortit que quelque chose comme 2% des lecteurs ont dit que Harry était leur préféré. Il y a beaucoup de personnages qu’on serait plus enclin à apprécier que Harry : Hagrid, Ron, tout le monde aime Ron…” dit-elle en riant d’une manière indéfinissable, mi-femme mi-ricanement-d’écolière, qui fait irruption dans notre discussion.

Je me demande si elle a relu un de ses livres, étant donné leur renommée internationale. “Le seul sur lequel je me suis re-penchée et que j’ai relu depuis sa publication est le septième tome qui est mon favori.” Rowling avait apparemment planifié la fin de la série depuis longtemps, peu de temps après la genèse de la série toute entière. “Oui, c’était le point que je me devais d’atteindre tout au long de ces 17 années donc bien sûr cela allait être une expérience catharsique et j’y avais beaucoup réfléchi. Mais c’était également extrêmement libérateur de ne pas avoir à écrire l’histoire dans le cadre de l’école, de les faire sortir de Poudlard, bien que j’adore Poudlard. Vous pourriez probablement écrire quelques bonnes histoires supplémentaires au sein de l’école de sorcellerie, le lieu est tellement riche mais les contraintes que représente un emploi du temps sur les personnages sont trop importantes. Et ne plus avoir à imaginer un autre match de Quidditch”, dit-elle en riant. Ce qui me tiendra éloignée de Poudlard pour la génération à venir, c’est d’avoir à écrire à nouveau une satanée scène de Quidditch !

Pourtant, cela doit être génial de voir que les livres Harry Potter sont immensément appréciés aussi bien par les enfants que par les adultes, que la série est devenue un classique en quelque sorte, et qu’elle continuera d’être lue de générations en générations, non ? “C’est un sentiment extraordinaire. En fait, ce dont vous avez parlé en dernier est ce qui m’enchante le plus, incroyablement.” Mon amie admet qu’elle lira en effet les romans à ses enfants, induisant ainsi une vague de joie démesurée à parcourir l’auteur. “C’est ce qui a le plus d’importance pour moi.
Rowling a du mal à trouver ses mots, étant indéniablement submergée par l’émotion. Les doutes qui m’avaient étreinte plus tôt ont désormais totalement disparu ; il ne s’agit en aucun cas de fausse modestie. “C’est magnifique, vraiment magnifique de penser que vous ayez physiquement – non pas que je me prenne pour Pollyanna – mais que vous ayez physiquement réuni ensemble des gens de tous âges, appartenant à différentes générations même et que vous ayez réussi à leur faire partager la même chose … il n’y a rien de mieux que ça.” Aussi gnangnan que cela puisse paraître, je ne peux pas douter pour une seule seconde que Rowling ne pense pas vraiment un seul mot qui sorte de sa bouche, tant sa franchise est perceptible.

Concernant une question plus controversée, Rowling a déclaré catégoriquement qu’elle croit en une autorité supérieure, une déclaration appuyée par le fait qu’elle s’est rendue durant toute son enfance à l’église (“Jusqu’à 17 ans”, clarifie-t-elle). Je me dis qu’il doit être difficile de la réconcilier avec ses croyances religieuses étant donné ceux qui décrivent Harry Potter comme une œuvre anti-chrétienne. L’expression sur le visage de Rowling ne change pas à un seul instant. “Il y a eu un commentateur chrétien qui a dit que ‘Harry Potter’ a été la plus grosse opportunité manquée par l’église chrétienne. Et j’ai pensé qu’il y avait au moins quelqu’un qui voyait la réalité en face.
Une once de fausse interprétation résulte inévitablement de l’ambiguïté. Ne pensez-vous pas qu’il y a une certaine portion de la population qui déteste tout simplement Harry Potter ? “Oh oui, avec véhémence”, dit Rowling, “et ils m’envoient des menaces de mort.

Traduit et adapté par Alex pour Poudlard.org.