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Le 3 est un nombre magique...

...ou le récit d’une aventure extraordinaire. Stephan Phelan explique pourquoi Alfonso Cuaron est la personne idéale pour réaliser Harry Potter et le Prisonnier d’Azkaban, et les stars du film lui disent tout.

Dans la fontaine, dans le parc, sous l’horloge de Poudlard, il y a les statues d’un serpent et d’un aigle qui s’affrontent. A aucun moment J.K.R. ne mentionne ce détail dans les livres, mais ce n’est pas pour autant que ça fait désordre dans le film ; des millions de lecteurs savent que le serpent est le symbole de Serpentard, l’une des quatre maisons de l’école, alors que l’aigle représente l’une de ses rivales, Serdaigle. Mais le public mexicain verra certainement les choses autrement quand le film sortira chez eux en salles la semaine prochaine (4 juin). Selon la légende, la ville de Mexico fut bâtie sur un lieu sacré où les Aztèques auraient vu jadis un oiseau déchiqueter un serpent, et c’est ce symbole qui resta depuis la victoire de la guerre d’indépendance en 1821. Le réalisateur mexicain, Alfonso Cuaron, a apposé sa griffe en plein milieu de l’univers créé par J.K.Rowling.

Il y a d’autres références à la culture latino tout au long du film- la tête réduite pendue au rétroviseur du Magicobus (un moyen de transport tout à fait sérieux pour les sorciers) et les tête de mort en sucres qui viennent directement de la fête des morts pour la boutique de friandises d’Honeyduke. Mais les références sont très nombreuses et difficiles à dénombrer.

« Ce film-ci est bien plus riche », déclare Emma Watson, qui joue le rôle de l’amie- et non de la petite amie- de Harry, la studieuse et quelque peu lèche-bottes Hermione Granger, durant une interview pendant le tournage du film « On voit vraiment la différence ».

A quelques pas de là, Alfonso filmait d’une façon qui lui est propre, en faisant tournoyer ses bras et en cadrant avec ses mains.

Même si « riche » est un vrai mot, on ne peut peut-être pas l’utiliser pour décrire les deux premiers films. L’ Ecole des Sorciers et La Chambre des Secrets, tous deux réalisés par Chris Colombus, étaient des adaptations figées, trop fidèles des romans de J.K.R. et du récit des études d’un jeune sorcier, portant sa prose à l’écran, et supprimant toute, ou presque, capacité d’imagination. Ils ont bien sûr rapporté beaucoup d’argent, sans pour autant vraiment étonner ou exciter personne, montrant une image quasiment identique à ce que tout le monde avait plus ou moins en tête. C’était cependant un travail épuisant, et Colombus n’en pouvait plus de construire des décors, superviser toues les réalisations d’effets spéciaux et de travailler avec des enfants, qui sont soumis à une loi du travail très stricte qui ne les laisse pas dépasser quatre heures par jour.

Déjà en tournant La Chambre des Secrets, il avait décidé de ne pas faire le suivant. En juin 2002, seulement 6 mois après la sortie du film précédent, et alors que J.K.R. écrivait le cinquième tome, le Variety Magazine déclare que l’avenir de la Warner avec Harry Potter est « en train de prendre le large ».

Le producteur David Heyman cherche alors à un réalisateur latino, sans doute pour leurs affinités avec le surnaturel, ou de l’intensité, de l’énergie de certains films. Il s’adressa tout d’abord à Guillermo del Toro, qui, jugeant que ce travail n’était pas fait pour lui, se permit de recommander son ami, Alfonso Cuaron, qui n’avait ni vu les films, ni lu les livres.

« Quand David Heyman m’a envoyé le script », confie-t-il récemment, « je ne connaissait rien de l’univers de Harry Potter, car je m’étais énormément impliqué dans un film précédent. »

Le film en question était « Y tu Mamá También », un film cru, un parcours initiatique à travers la vie sexuelle, la mort la jeunesse et la liberté. Il connut un succès international juste avant que Cuaron n’accepte le projet « Prisonnier d’Azkaban ».

« Alfonso a un véritable don pour percevoir la plus infime nuance de la vie des adolescents. Y Tu Mamá También se rapporte à la fin de cette période, Le Prisonnier d’Azkaban au début ».

En fait, Cuaron avait déjà montré son savoir-faire pour adapter des romans avec sa propre vision des choses sans pour autant en perdre l’esprit. Après avoir réalisé les épisodes d’une série télé Mexicaine sur le SIDA et le suicide - écrite par son frère Carlos - appelée « Solo con tu pareja », il passa à l’Anglais en 1995 pour revoir le conte de La Petite Princesse, par Frances Hogdson Burnett et en faire l’un des exemples les plus probant du réalisme magic au cinéma. Les plus grands fans du livre ont adoré, J.K.R. la première.

Au fur et à mesure, Cuaron s’est mis à aimer Harry Potter, à aimer les livres, à aimer le style de J.K.R., et à aimer son « univers fabuleux qui émotionnellement et socialement est une vraie merveille », comme il le dit lui-même, « C’est magique mais ce n’est pas Donaldville, vous savez, l’endroit ou vit Donald Duck ? ».

Cuaron n’a rien de particulier contre le cinéma Américain, excepté l’opinion qu’Hollywood n’est qu’une étape à passer, et pas une destination.

Mais, comme tout artiste, il doute. Le film pourrait lui apporter un succès qu’il n’a jamais connu jusqu’à lors, mais ce ne serait pas son propre travail ; il a hérité d’un casting déjà établit, de plateaux déjà construits par Colombus et son équipe, d’un script de Kloves, et bien sûr de l’histoire de J.K.R.

Au cours de leurs premières rencontres, J.K.R. avait invité Cuaron à ne pas trop coller au texte. Cependant, quand Cuaron suggéra une scène avec des nains qui joueraient de l’orgue en sautant sur les touches, J.K.R. a refusé. « Non, il n’y a pas de nains à Poudlard. »

« Ce fut un véritable défi pour mon ego », avoue Cuaron, « de trouver ma liberté tout en servant une histoire ».

Dans ses propres projets, Cuaron essaye de glisser sa vision magique du monde réel, ici il introduit la vie réelle dans la bulle de J.K.R., sortant un peu son monde de son cadre stéréotypé et en encourageant Daniel Radcliffe, Emma Watson et Rupert Grint, qui portent maintenant des jeans en dehors des cours, à laisser s’exprimer leurs propres personnalités et hormones, et crises d’ados.

Il n’y a pas de sexe dans le film, mais Cuaron nous invite à « lire entre les lignes » et sembla avoir donné une substance au livre de J.K.R, le préféré de beaucoup de fans, avec son atmosphère plutôt pesante, l’arrivée de nouveaux personnages ambigus, Sirius Black (Gary Oldman) et le professeur Lupin (David Thewlis), et de nouvelles créatures effrayantes, les détraqueurs, que J.K.R décrit comme « la représentation physique de la dépression ».

« Je voulais être précis en ce qui concerne les thèmes et m’y tenir », rappelle Cuaron, « Ça parle du fait d’avoir 13 ans, de la recherche de son identité et d’un plus large vision des choses ».

Mais il espère que le public s’apercevra qu’on parle aussi de « société et de racisme, d’avidité et de pouvoir, enfin de solitude ».

Socialiste qui n’hésite pas à se faire entendre depuis ses années d’étudiant, Cuaron s’est récemment attiré les foudres des Américains les plus conservateurs qui proposent le boycott du film, y voyant une analogie entre Tony Blair et Cornélius Fudge, entre Voldemort et George W. Bush, et entre Azkaban et un spectre de Guantanamo [base militaire américaine où les prisonniers sont détenus au mépris des conventions internationales sur les droits de l’homme]. Mais il déclare qu’ « il y a aussi des Détraqueurs là-bas ».

Ce film est une action commerciale, mais c’est aussi une véritable œuvre d’art. Mais il ne recommencera jamais. Il est, si c’est possible, encore plus fatigué que Colombus, à cause du tournage, du fait d’avoir à gérer toute une équipe à tout moment, de la pression perpétuelle et de la réalisation des scènes en images de synthèses : la scène des Détraqueurs a pris à elle seule 8 mois.

« C’était sympa », déclare-t-il à Cannes la semaine dernière, « mais je faisais partie d’une grosse machinerie et il est difficile de trouver sa place là-dedans. Si vous allez trop vite, vous vous rendez compte que votre écharpe est prise dans l’engrenage et que si vous laissez abattre, vous finissez étranglé ».

C’est donc en ayant tenu le coup et achevé son travail que Cuaron rend les clefs. Selon son ami Guillermo del Toro, il a réalisé un coup de maître. Alors que Colombus fait une adaptation d’une comédie musicale, que Mike Newell travaille sur le prochain opus des aventure de Harry Potter (qu’il décrit comme un thriller classique), Cuaron se détache peu à peu de la vague Harry Potter, avec un film qui retrace la période de la révolution de 1968 au Mexique. Il est surprenant.

Traduit et adapté par Fawkes pour Poudlard.org