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Interviews de « Movie Magic »


- Stuart Craig, chef décorateur
- David Barron, producteur
- David Heyman et David Barron sur la coupure du film 7

Habiller les étudiants de Poudlard

Pour la costumière Jany Temime, chaque film Harry Potter représente un nouveau défi à relever.

Jany Temime, née en France, s’est vue confier la tâche de concevoir pour chaque nouveau film Harry Potter des costumes originaux, se détachant de ce qui a été fait précédemment. C’est un défi qu’elle a relevé à de nombreuses reprises, comme on pourra le constater en novembre lorsque Harry Potter et le Prince de Sang-Mêlé sortira. Jany sera également aux commandes des costumes pour le film final en deux parties, Harry Potter et les Reliques de la Mort. Parmi ses films non-potteriens, on citera Invincible en 2001, Bridget Jones : l’âge de raison en 2004, ou les Fils de l’homme en 2006. Dans cette interview, Jany nous parle de son travail dans les films Harry Potter.

Movie Magic : Quelles ont été les difficultés au niveau des costumes dans ce nouveau film ?

Jany Temime : « Ce qui a été difficile, c’est que les enfants ne sont plus vraiment des enfants. Ils sont des adolescents, voire presque des adultes, pour être honnête. Ils ont atteint un âge où ils se cherchent un style personnel, plus affirmé qu’auparavant. Je ne dis pas que ça participe à l’évolution de leurs relations, mais ils doivent avoir un certain look et ils veulent plaire. Le temps où on pouvait leur faire enfiler n’importe quoi est fini. Aucun d’entre eux ne veut paraître bizarre ou ridicule, ils veulent tous être beaux. Sur ce film, j’ai dû travailler comme je l’aurais fait avec 20 adultes, mais en gardant toujours un certain style, parce qu’ils ont un style que le public attend et qu’il doit retrouver. »

Y a-t-il des nouveautés ?

« Il y a tout un tas de nouveaux costumes, ce qui a représenté énormément de travail comme d’habitude. Dans ce film, le Quidditch revient et nous introduisons de nouveaux costumes d’attrapeur et de gardien, pour Harry et Ron. Le Quidditch est un jeu très dangereux. Nous voulions quelque chose d’un peu plus costaud visuellement. On a rembourré un peu aussi à cause de l’âge des joueurs et du danger, parce qu’ils vont beaucoup plus loin quand ils ont quinze ou seize ans. Ils osent beaucoup plus, donc dans le jeu, ils sont plus dangereux et ont besoin de plus de protections. On a renforcé les épaules et le dos. Ils portent aussi une cape pour voler, et elle a une capuche parce que c’est une cape de sorciers. Ce qu’on a rajouté, en fait, a été insipiré du football américain, mais ce n’est pas exactement du football américain parce que les épaules doivent pouvoir bouger en cours de vol. On a pensé à ajouter des casques, mais on a décidé que ce serait un peu trop pour le match. Par contre, ils le portent pour les entraînements.
On a aussi dessiné la nouvelle tenue pour l’équipe de Serpentard. Elle est en argent, et le mariage du vert, de l’argent et du noir est très beau. Elle est très soyeuse. Les joueurs semblent bien plus grands et ils ont l’air cool. Ils sont tous fantastiques à mon goût. »

Les films ont changé et évolué au fil du temps. Pensez-vous que cela s’applique aussi aux costumes ?

« Constamment, parce que rien n’est plus difficile que les “suites”. Il faut garder un certain style tout en innovant. Innover pour continuer à surprendre et divertir le public, et en même temps leur donner ce à quoi ils s’attendent. »

Vous avez travaillé avec différents réalisateurs sur différents films ; est-ce qu’ils ont chacun leurs propres idées et exigences ?

« C’est quelque chose de passionnant dans la fabrication des films, mais cette fois nous avons le même réalisateur que la dernière fois, David Yates. Nous l’adorons. Il est fantastique, très créatif, le chef idéal, donc ça s’est bien passé. Nous avons un excellent nouveau directeur de la photographie, qui a aussi une incroyable sensibilité artistique. »

Que pensez-vous aujourd’hui des costumes des précédents films ? Par exemple, Alfonso Cuaron a été le premier à faire bouger un peu les choses, et ça s’est vu jusque dans les costumes.

« Pour ce film, nous avons assombri les couleurs et ajouté une capuche aux couleurs des maisons, pour qu’on sache immédiatement d’où vient chaque élève. Pour encourager l’individualité, on a permis à tout le monde de choisir les T-shirts, pulls, vestes et autres variations d’uniforme qu’ils voulaient porter. Et pour le Quidditch, l’idée était de faire des tenues plus modernes, rappelant du matériel de rugby ou de football. Donc on a introduit les rayures et les chiffres. Et comme la scène de Quidditch se déroulait sous la pluie, on a utilisé un tissu imperméable qui a contribué à donner aux costumes un air plus contemporain. »

N’y a-t-il pas également une différence entre le Dumbledore de Michael Gambon et celui incarné par Richard Harris ?

« Alfonso voulait que Dumbledore ait l’air d’une vieux hippie, mais en restant très chic et classe. Ses précédents costumes étaient assez lourds et majestueux, alors que là, nous avons fait du chinage par teinture sur de la soie, pour que la robe flotte derrière lui quand il marche. Ca donne un aspect beaucoup plus léger, et ça donne également plus d’énergie au personnage. Pour Peter Pettigrow, on est partis sur un costume des années 70 et des cheveux argentés attachés par une ficelle. Son look est figé dans le temps et très usé. »

Quand on regarde la Coupe de Feu, on voit bien que les costumiers ont eu de belles opportunités.

« Pour créer le look de Maugrey Fol-Oeil et notamment son manteau noir, on s’est inspirés des westerns spaghetti. Maugrey est un guerrier. Cet homme n’a pas de maison, pas de foyer. Il vit littéralement dans son manteau. On a passé une semaine à user le manteau, le détendre et le vieillir, pour qu’il ait l’air d’avoir été porté pendant une vie entière. Et pour la garde-robe de Rita Skeeter, j’ai pensé à la mode des années 80 : les couleurs vives, des formes très angulaires et un look toujours adapté au moment présent. Par exemple quand les champions du tournoi des trois sorciers vont affronter des dragons, elle est vêtue de peau de dragon. Quand elle assiste à l’épreuve de plongée, ce n’est pas un hasard si sa tenue est d’un vert poison. »

Vous avez aussi créé des uniformes distincts pour les différentes écoles qui participent à la compétition.

« Oui, exactement. Les filles de Beauxbatons sont sophistiquées et sûres d’elles, alors je les ai drapées dans le tissu le plus féminin et sensuel que je pouvais trouver, une soie délicate de la couleur bleue du drapeau français. Le tissu s’adapte à leurs formes, contrastant fortement avec les uniformes sévères que portent les filles de Poudlard. Les garçons de Durmstrang, eux, irradient d’une virilité que les les filles n’avaient encore jamais vue. Ils portent pour cela des vêtements de coton épais, presque primitif, de lourdes bottes et des manteaux de laine. »

Dans la Coupe de Feu, il y a également la scène du Bal de Noël qui est très riche en costumes.

« Nous avons préparé plus de 300 costumes pour cette seule scène. D’abord, nous avons dessiné les vêtements des garçons. Chacun avait une cravate blanche ou noire et une veste de soirée. Les Serpentard avaient des cravates blanches, parce qu’ils se veulent chics, élégants. Nous avons travaillé plusieurs mois sur les costumes des filles, car toutes les robes ont été cousues à la main par une équipe de 100 costumiers. Les actrices étaient tellement excitées de porter ces robes... On aurait dit qu’elle allaient à un vrai bal ! La robe d’Hermione devait être vraiment spéciale. Je voulais que ce soit une robe de conte de fées, quelque chose qui laisserait tous les élèves bouche bée quand elle entrerait dans le hall. »

Et dans l’Ordre du Phénix, il y a un personnage nommé Ombrage qui a amené beaucoup de... rose.

« La couleur de son costume était déjà indiquée dans le livre : rose, encore plus rose, toujours plus rose. A chaque fois qu’on la voit, elle porte une nuance de rose différente. Au fur et à mesure qu’elle gagne du pouvoir, la couleur devient plus forte et plus atroce, jusqu’à ce qu’elle apparaisse dans un ton cerise des plus intenses. L’autre personnage intéressant dans ce film, c’est Luna Lovegood. Evanna Lynch était très exigeante pour certains détails. Je lui avais fait des boucles d’oreille en forme de radis rouges, et elle m’a assuré avec insistance qu’elles devaient être oranges. Elle connaissait son personnage sur le bout des doigts. On s’est assuré que le costume de Luna reflète une fille aux goûts et intérêts très personnels, mais pas trop excentriques pour qu’elle ne détonne pas au milieu des autres. »

Serez-vous toujours là pour le dernier film en deux parties ?

« Oui, et ça sera un nouveau grand défi, parce que c’est la fin. Il faut soigner la fin du mieux qu’on le peut. Ça m’effraie un peu, parce que je me disais souvent pendant le 5 ou le 6 que je pourrais faire mieux la prochaine fois. Là, ça sera la dernière fois, donc je dois effectivement faire de mon mieux. C’est la fin. C’est toujours difficile de donner un style à une fin, car c’est l’image que les gens garderont en tête. »

Traduit et adapté par K’m pour Poudlard.org