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Interview de Patrick Doyle par le Times

Patrick Doyle est le compositeur de la Coupe de Feu. Dans une interview au Times il explique comment ses origines écossaises ressortent dans la B.O du film et son admiration de John Williams, à qui il n’a pas été facile de succéder.

« Mon côté écossais imprègne ma musique. » dit Doyle, 52 ans, qui habite désormais à Londres. « il y a une phrase musicale dans [le film] avant l’une des épreuves qui sonne très écossais, un saut d’octave. On peut souvent mettre une « étiquette géographique » sur un compositeur. Je suis très fier de mon héritage et vous pouvez constater à mon accent que je n’ai pas pris le pli transatlantique."

Il a raison, et même s’il perdait un peu de son accent, on ne l’en blâmerait pas. Son succès dans le cinéma depuis ses débuts en 1989 avec Henri V Kenneth Branagh, en passant par des films tels que Le journal de Bridget Jones, Gosford Park ou Calendar Girls lui permet de faire partie de la jet-set. En plus de sa maison londonienne, il possède des résidences à Los Angeles et en France -et pas seulement à cause de ses collaborations nombreuses avec le réalisateur français Régis Wargnier sur des films tels qu’Indochine avec Catherine Deneuve et, plus récemment, Man to Man, avec Joseph Fiennes et Kristin Scott Thomas.

« Quelqu’un m’a demandé un jour : « ce n’est pas frustrant d’écrire de la musique ? ». J’ai répondu que non (rires). C’est un métier très satisfaisant. Ca me permet de voyager à travers le monde, je suis très bien payé [Ndt : contrairement aux compositeurs français], ça m’a donné des opportunités incroyables. Que voulez-vous de plus ? ».
Entre la composition, l’enregistrement, il trouve du temps pour rester en contact avec sa propre petite famille et ses parents, qui vivent en Ecosse -sans compter ses 12 frères et sœurs.

A n’en pas douter, beaucoup d’entre eux seront dans les premiers de la queue pour aller voir Harry Potter et la Coupe de Feu.
« Je suis particulièrement fier de ma composition pour Harry Potter parce que c’est le blockbuster le plus important que j’ai jamais fait ». « c’est un projet d’énorme envergure, et la pression est importante. J’ai donné assez pour être confiant. [...] Ca a été difficile mais très agréable et j’ai acquis une sorte de statut de demi-dieu auprès de mes gosses »
La complexité et la maturité des livres de Rowling, avec ses nouveaux personnages et ses thèmes sombres, était un défi piquant à relever pour Doyle. « je n’ai jamais écrit autant de thèmes différents, de valses, de danses et de motifs » dit-il. « c’était une grande chance d’explorer de nouvelles idées ».

Pas imprudent au point d’abandonner le fameux Thème d’Hedwige de Williams, qui a instauré l’ambiance des trois premiers films, il ne s’est pas privé cependant d’exprimer sa propre vision musicale -quadrilles écossaises, etc. « John Williams a un talent fantastique et prendre sa suite était un défi énorme. Nous lui sommes tous très reconnaissants [dans le milieu] parce que jusqu’à Star Wars, les musiques de films avec orchestre symphonique étaient délaissées. Star Wars a amené une nouvelle génération de producteurs et de réalisateurs à s’ouvrir au pouvoir des sons d’un orchestre symphonique »

Le talent du compositeur est autant de savoir quand garder du silence que d’utiliser toute la force de l’orchestre. « tout est dans l’art de choisir les bons moments. Dans Harry Potter, il y a une scène où ça s’est imposé très fortement parce que ce qui s’y passe est incroyable. Il fallait renoncer à la tentation d’y rajouter de la musique. »
[...].

Après la magie Harry Potter, le compositeur est impatient d’élargir encore plus son « palais [au sens goût] musical ». « La mémoire musicale du cerveau est incroyable » dit-il. « on écoute inconsciemment, mais on est ouvert à tout - radio, magasins, il n’y a pas d’échappatoire à la musique parasite. Mon fils m’a demandé un jour « Papa, est-ce que tu entends les mélodies dans ta tête tout le temps ? ». La vérité c’est que je ne peux pas rester immobile sans entendre un air quelconque. »