GEEKMONTHLY.COM : « Quel était l’enjeu pour vous en arrivant au beau milieu de cette série ? »
David Yates : Je venais de finir un film à grand spectacle, complexe, Sex Traffic, quand on m’a appelé. J’ai lu le livre et évidemment, il est très difficile de ne pas être intrigué et intéressé quand on vous offre la possibilité de vous impliquer dans une telle aventure, parce que c’est un univers très riche, fantastique, et que certains thèmes dans ce livre en particulier sont incroyablement sombres et adultes. C’était difficile de ne pas vouloir s’y confronter, tel qu’on me le présentait. Même s’il y a déjà eu quatre films réalisés à partir de cette franchise, l’idée des producteurs est d’être ouverts aux nouvelles idées, à une nouvelle manière de rendre légèrement plus pointus et plus émouvants les films. Ce qui est fidèle à l’idée du cinquième livre, en fait, et à ce que Jo a créé. Donc il y a un tas d’avantages à rejoindre une franchise comme celle-ci, lorsque l’infrastructure de production a déjà été mise en place.
Et travailler avec les enfants qui sont de plus en plus matures, ça doit être un grand avantage, pour un metteur en scène.
C’est très excitant d’être à Poudlard à cette période-là parce que, comme vous le dites, les personnages grandissent et sont confrontés à des choses très complexes. Et de leur côté, leurs interprètes manifestent de plus en plus la volonté de dépasser leurs limites en tant qu’acteurs. On est au moment le plus intéressant des deux mondes. Malgré le fait que le film fasse partie d’une série, on a le sentiment de faire un film unique, son propre film.... Et tout cela avec une quantité de ressources incroyable.
Quels sont les thèmes de l’Ordre du Phénix, selon vous ?
L’œuvre de Jo est très intéressante, très thématique. Dans cette histoire, Harry doit faire face à une grande remise en question personnelle, qui est de savoir s’il est corrompu ou non, et si cette connexion avec Voldemort le rend mauvais. C’est classique. Toute personne qui est passée par cette période turbulente et difficile de l’adolescence, où l’on est en colère et frustré, mais qui est très formatrice, pourra s’identifier à Harry. C’est parfois dans ces années-là que l’on se développe, qu’on définit ce qu’on est. Certaines personnes peuvent y arriver très positivement, d’autres prennent beaucoup de temps et passent des années difficiles. C’est ce que ce film et cette histoire racontent en partie. Ils parlent de cette période pleine de mélanges de sentiments et de bouleversements, où l’on grandit et se pose des questions à propos de tout. On découvre que le monde est compliqué, que tous les adultes autour de nous n’ont pas forcément la réponse à nos questions. Parfois, ils n’arrivent même pas à s’exprimer sur des sujets difficiles qui leur font peur à eux aussi. Et puis, on se rend compte à quel point on est compliqué avec soi-même. Ce dans quoi Jo excelle, c’est l’exploration de cette vérité universelle sur la transition vers l’âge adulte, dans cet univers magique.
L’Ordre du Phénix laisse une grande part aux éléments politiques n’est-ce-pas ?
Oui, tout à fait, et en particulier concernant le ministère de la magie, qui représente un corps politique puissant et se débat malgré tout avec la menace potentielle du retour de Voldemort. Sauf qu’au lieu de mettre en place une stratégie adéquate face à ce danger, il se referme sur lui-même, étouffant l’information et par là même, la société magique avec des décisions libérales et en même temps conservatrices. Une idée intéressante dans l’histoire est la question de la peur et comment cette peur peut parfois pousser les individus à commettre des actes terribles par démagogie ou pour faire ce qu’ils semblent juste pour leur société. Loin de nous l’idée de faire quelque parallèle que ce soit, nous essayons juste de poser la problématique suivante : de quoi les hommes sont-ils capables par peur et en quoi cela affecte-t-il les hommes de pouvoir ? Le cinquième tome est tout simplement empli de très jolies choses que nous avons cherché à refléter au mieux.
Il ne faut pas oublier un autre aspect majeur qui est la colère liée à l’adolescence
D’une certaine façon, c’est la réalité de nos jeunes acteurs. Passer de 14 à 17 ans... ils sont les mêmes ados que nous avons été avec toutes les pressions de l’adolescence, les changements physiques etc... Donc finalement, l’exploration de ces perspectives n’a pas posé trop de problèmes. Rien que Dan, en tant qu’acteur est très intuitif et très émotif, dans le bon sens du terme je veux dire. J’aurais peut-être dû dire sensible plutôt qu’émotif car cette empathie pour les autres et son environnement est très bien maîtrisée. Mais ils sont tous très brillants et très intuitifs, du coup traiter de tous ces éléments complexes n’a pas été bien difficile.
Lorsque vous vous êtes lancé dans ce film, comment vous êtes-vous adapté aux membres déjà présents du casting ?
Au tout début, il faut organiser beaucoup de répétitions et ce quel que soit l’acteur avec lequel on travaille. Et Dan en particulier, vu la grande complexité de son rôle. Nous avons eu des entretiens plusieurs mois avant le début effectif du tournage. Nous nous voyions toutes les semaines et nous parlions de Harry, de ce qu’il devait traverser. Pour mieux envisager la situation, et cela peut sembler extrême pour un film familial, nous avons fait venir une assistante sociale, afin de comprendre l’impact psychologique réel qu’a pu avoir la vision de la mort de Cédric sur Harry.
Cette femme nous a parlé à tous les deux de ce que traversent ceux qui ont subi de violents chocs émotionnels ou des événements traumatiques. Elle travaille avec la police et les centres d’aide qui ont tous les jours affaire aux traumatismes et à la mort : elle nous a permis d’entrevoir en quelque sorte le combat de ces personnes, et les processus psychologiques en jeu.
Au début de notre histoire, et pour ainsi dire tout au long de l’aventure planant tel une ombre, Harry doit se confronter et faire le point sur ce qu’il a vu, cette tragédie qui l’a beaucoup affecté. Dan a su comprendre beaucoup d’éléments présentés par l’assistante sociale. Tout ceci a été instructif et nous a beaucoup aidé quant au développement de Harry dans ce film. Et à la vérité, on n’a jamais fini d’en discuter. Tous les jours. J’adore travailler avec des acteurs et assister à leur travail de composition pour tel personnage. Et même le jour du tournage, le débat reste ouvert ; C’est un dialogue perpétuel.
Vous donnez l’impression que Harry pourrait bien basculer vers le côté obscur de la Force, pour ainsi dire.
Vous aimeriez que ce soit le cas n’est-ce pas ? En fait il s’agit plus de sa propre angoisse de faire la mal. Dans notre histoire, Voldemort tente de l’influencer, de le séduire et de le façonner à son image. C’est un thème récurrent et en constante évolution, qui se retrouve souvent comme dans Star Wars. Je trouve cette étude encore plus pertinente lorsque ce phénomène intervient à l’âge où l’on fait des choix. Inconsciemment, c’est à l’adolescence que nous faisons les choix qui constitueront notre personnalité pour le restant de notre vie. Le thème est donc parfaitement approprié à cette histoire et à cet univers.

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