C’est une question que se posent tous les grands fans de Harry Potter. Quand Daniel Radcliffe, si poli, si bien éduqué avec sa voix si douce va-t-il s’écrouler sous la pression de la célébrité internationale ? Quand - comme s’il était son alter ego, Harry Potter, sous l’influence du polynectar - va-t-il se métamorphoser en un môme pourri du showbiz ? Comme Drew Barrymore, droguée à la cocaïne ou Macaulay Culkin qui a été psychologiquement touché ?
Un intant en companie de Daniel et ces pensées se dissipent totalement. Assis, et portant son uniforme de Poudlard - chemise blanche toute propre, cravate à rayure et pantalon noir - Daniel apparaît comme une image parfaite du garçon normal de classe moyenne. Si on se force à chercher un petit défaut, on trouve sa politesse qui paraît presque anormale. Daniel Radcliffe a cette habitude bien britannique de s’excuser et de remercier les gens pour tout. « Thank you » dit-il d’une manière très formelle et habilement calculée (il ne dit jamais juste « thanks », ça serait impoli). Quelques fois, on ne sait pas vraiment pourquoi il nous remercie. Soit c’est parce qu’on lui a fait un compliment, soit parce qu’on est allé voir le film, comme si on avait fait une donnation à une de ses oeuvres de charité. « J’ai entendu dire que des gens sont allés voir le film 23 fois » nous confie-t-il. « Thank you, enfin je veux dire merci à eux. »
C’est pas qu’il est parfait, ou strict avec les règles comme Hermione Granger. Robbie Coltrane, qui joue le rôle de Hagrid, se rappelle d’une anecdote pendant le tounage du premier film : Daniel avait changé la langue du téléphone portable de Robbie en Turc pour faire une blague. Robbie a commencé à questionner tout le monde sur le plateau, mais pas pour longtemps car Daniel a vite avoué. Ce dernier lui a écrit une carte toute gentille pour s’excuser. Ce scénario n’est pas difficile à imaginer si on connait Daniel : ce garçon est très intelligent et drôle, mais il parle d’un ton mal assuré en s’arrêtant et en recommençant. Il est nerveux et inquiet à l’idée d’offenser quelqu’un, de dire quelque chose de mal ou de ne pas bien exprimer ses idées. « Les parents de Harry ne sont pas là », expliquait-il pendant l’interview. « Ils sont morts. » Puis il s’arrête pétrifié d’horreur, comme s’il venait de dire quelque chose d’horrible, et reprend : « Je suis désolé, j’ai dit ça un peu brusquement... ».
Avouant lui même qu’il recherche de l’attention des autres, il s’est bâti une réputation de farceur. Emma Watson, qui joue le rôle d’Hermione se rappelle d’une fois où Daniel a dansé avec Robbie Coltrane sur les tables de la Grande Salle de Poudlard. Jason Isaac, qui joue le rôle de Lucius Malefoy parle de Daniel comme du « pire rieur » avec qui il a eu à travailler. Selon Isaac, « il faut faire très attention à ne rien faire qui puisse le faire rire, un simple clignement des yeux peut le faire rire. »
Beaucoup de choses ont changé depuis la diffusion du premier film, sans parler du fait qu’il a grandi. Son 1,60 m a fait l’objet de beaucoup de spéculations. Est-ce que Daniel Radcliffe deviendra monstrueusement trop grand pour continuer à jouer le rôle d’Harry Potter ? Les réalisateurs du film sont confiants, comme ils ont été confiants sur le fait que le changement de voix de Daniel dû à la puberté ne serait pas un problème : après tout, Harry est sensé grandir livre après livre. Daniel Radcliffe a perdu un peu de sa fraîcheur sur son visage, il est desormais plus pâle et osseux. Son amitié avec ses collègues Emma Watson, 12 ans, et Rupert Grint, 14 ans s’est renforcée. Il a développé une petite passion pour la musique Punk Rock, la musique des années 70 : The Clash, Iggy POP, et les Sex Pistols . Il regarde son agent de publicité à coté de lui et demande : « Est-ce que ca va ? Je peux dire ça ? » Ensuite, comme pour contester ce qu’elle pourrait répondre, il ajoute : « C’est pas juste une phrase...Je peux pas dire que c’est parce que j’aime la musique en elle même...Je pense que c’est l’attitude, le style. » Alors voilà son petit coté obscur... Derrière le « Thank you » se cache un anarchiste secret. [ironique]
« En tant que personne, il n’a pas changé du tout », dit le réalisateur Chris Colombus. « La seule chose qui l’affecte vraiment, c’est qu’il se fait reconnaître dans certains endroits. » Avec toutes ces couvertures de magazines et les posters de lui qu’il a vu sur les bus (il dit qu’il aime bien d’ailleurs), Daniel semble avoir résisté au glamour. Peut-être qu’il est encore trop jeune. Jusqu’à présent, il a l’air d’avoir déjoué tous les pièges du show business. Quand on lui demande combien il a gagné, il répond : « Je ne sais pas combien j’ai gagné, et je ne veux pas le savoir car j’en ai pas besoin. Je suis qu’un gamin. » Bien qu’il aille très rarement à son école de Fulham, et qu’il reçoit des leçons avec un prof sur le plateau, il passe son temps libre avec des amis et joue à des « jeux de Playstation cools comme Medal of Honor » Il n’a même pas de [téléphone] portable. « Pourquoi est-ce que j’en aurais un ? ».
Son équilibre vient surtout de sa famille. Son père, l’ancien agent littéraire Alan Radcliffe et sa mère Marcia Gresham, directrice de casting connaissent très bien le milieu pour savoir quels en sont les pièges et les embûches. Au départ, Alan Radcliffe était réticent de laisser son fils auditionner pour le rôle de Harry. Après une première rencontre avec Chris Colombus, ils avaient carrément refusé, et la cassette de Daniel dans la production de la BBC David Copperfield est restée sur son bureau, en dépit des nombreuses déclarations de Chris Colombus qui disait : « c’est le garçon que je veux. »
Daniel, quant à lui a dit : « Il faut que vous compreniez, nous ne savions pas ce que ça allait être, quelle était la situation, si ça allait être tourné en Angleterre, comment j’allais aller à l’école. Alors mon père a évidemment pris des précautions. » Ce n’est qu’après seulement, quand ils ont rencontré le producteur David Heyman au théâtre, qu’ils ont commencé à être séduits. Et quand le papa a dit à son fils qu’il avait obtenu le rôle, Daniel, qui était dans son bain à ce moment là (tout le monde le sait maintenant), a éclaté en sanglots.
La famille Radcliffe s’est cramponnée à ses précautions, éloignant leur fils le plus loin possible de l’oeil des médias (Alan Radcliffe a même quitté son travail pour s’occuper de son fils). Ils le protègent mais le laissent prendre ses propres décisions. Quand on lui demande quelle part ses parents prendront dans les décisions sur son futurs, il répond : « Aucune...enfin je devrais pas dire ça...Je retire ce que j’ai dit. [thank you ^^]. En fait, ils me conseillent du mieux qu’ils peuvent et me laissent prendre la décision finale. Ils sont très gentils à ce sujet. »
D’une certaine manière, ils n’auraient pas dû s’inquiéter. Non seulement Daniel a une solidité remarquable, mais l’expérience de Chris Colombus dans les films avec les enfants (notament avec Macaulay Culkin dans « Maman j’ai raté l’avion ») lui fait dire que les enfants stars de Harry Potter auront une enfance normale. « Les enfants du film Harry Potter ont des parents forts et solides, quelque chose qu’évidemment Macaulay Culkin n’avait pas. » dit Chris Colombus.
Kenneth Branagh, qui joue le rôle de Gilderoy Lockart, est également impressionné par la stabiblité du trio Dan, Emma et Rupert. « Ils auraient très bien pu devenir des monstres mais ils sont remarquablement bien équilibrés, et ceci est grâce à leurs parents. Ils sont incroyablement maîtres d’eux mêmes, même en plein milieu de l’orage de l’adolescence. »
En fait, ce n’est pas la célébrité, l’argent ou les médias qui font perdre les pédales aux enfants stars, ce sont les fractures au sein même de leurs familles. Mais Daniel n’est pas obligé de jouer Harry Potter dans tous les films. « Je pense juste au 3ème [film] pour le moment. »
"Peut-être, ajoute-t-il, plus tard je deviendrai écrivain ou réalisateur de films, ou même pompier (bien que ça me fasse trop peur, on pourrait se brûler), ensuite il confesse qu’il a écrit une courte histoire seulement et qu’il serait trop paresseux pour tenir un journal, qu’il ne serait pas bon pour diriger des scènes d’action. On vous rappelle également qu’il n’a que 13 ans. L’année prochaine, ça pourrait bien être du rap au lieu du punk, et dans 5 ans, quand le dernier film de Harry Potter sera programmé, qui sait, peut-être sera-t-il un véritable anarchiste...
Interview par Vicky Allan, journaliste du Sunday Herald.
Merci aux forums officiels francophones pour la traduction.
